Je me souviens l’été dernier … #5

Le 4 août 2016
…Ou pas tout à fait l’été dernier, mais quelques étés en arrière. Faisons un bond en 2010 : des journaux sont collés sur des façades d’immeubles de la ville, chaque soir dans un autre endroit choisi au préalable. Le collectif Asphalt Piloten présente alors son tout premier spectacle intitulé «10h10». Tous les jours durant cette édition, la compagnie investit l’espace urbain et le fait sien le temps d’une performance faite sur mesure selon les endroits, avec la danse comme centre esthétique mais où l’interdisciplinarité est reine. On fait un léger saut dans temps et on arrive en 2014. Mais oui, souvenez vous, Asphalt Piloten revient à la Plage, cette fois avec « Tape riot ». Une fois encore, ils s’emparent des recoins citadins inexplorés avec une performance visuelle, musicale et dansée, et suggèrent, à l’aide de ruban adhésif, la naissance d’une ville dans la ville. Pour remonter dans le temps, il est d’ailleurs encore possible d’observer les vestiges de cette performance sur certains murs, laissés comme des archives vivantes.
Cette année, Asphalt Piloten est de retour avec « Still Motion » dans les bâtiments des anciens abattoirs et présente une performance épurée où le silence et l’immobilisme se font matière. Cette fois, pas de déambulation mais une réelle appropriation de ce lieu vaste et plein de mystère. C’est délicieusement hypnotisant et on se laisse emporter dans un jeu visuel et dansé qui renverse les codes, où l’immobilisme devient mouvement et où silence devient musique.
Au centre des concepts artistiques de chacun des projets du collectif, la Biennoise Anna Anderegg, tout sourire et avec grande gentillesse, me parle du fil rouge qui relie ces trois spectacles. Il y a tout d’abord l’équilibre entre les diverses formes d’art qui s’est tissé au fil du temps et l’importance de l’interdisciplinarité et de la collaboration avec différentes personnes. Ensuite, elle aborde le langage abstrait qui prend une place de plus en plus importante au fil des performances du collectif et qui semble lui tenir beaucoup à cœur. Et, naturellement, elle évoque la danse, son domaine de prédilection. Ces trois points, l’interdisciplinarité, l’abstraction et la danse, résument en effet ce beau parcours et cette collaboration entre le festival de la Plage des six pompes et Asphalt Piloten.
Me soufflant qu’elle travaille beaucoup à chaque venue au festival, elle avoue trouver difficile de me glisser une anecdote particulière qui la lie à l’événement. Elle cite néanmoins l’importance pour des jeunes collectifs de pouvoir se produire dans des structures qui leur font confiance. Elle se dit touchée par l’humanité de la manifestation en ces termes : « On sent que ce festival tient par l’envie des gens » …
Ayons donc envie, beaucoup et pour longtemps, et surtout, filez les voir.
Charlotte Graber
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Le PériscopeJe me souviens l’été dernier … #5